Eric Viennot, créateur des « Aventures de l’oncle Ernest » et de « In Memoriam », est mort

Eric Viennot, créateur des « Aventures de l’oncle Ernest » et de « In Memoriam », est mort


Eric Viennot est mort d’un cancer mercredi 27 juillet à Marseille, a fait savoir sa famille dans un communiqué diffusé auprès de ses proches, puis relayé vendredi sur Linkedin. Il avait 62 ans.

Né le 10 mars 1960, à Lyon, Eric Viennot était l’un des créateurs de jeux vidéo français les plus reconnus de la profession. Il était ainsi auteur d’une œuvre protéiforme, de jeux éducatifs pour enfants comme de produits très grand public moins personnels, mais aussi de titres très expérimentaux dont l’originalité a été régulièrement saluée. Au point d’en vendre « plus de 8 millions » d’exemplaires selon son site Internet et d’être fait, en 2007, chevalier des Arts et des Lettres.

Au départ enseignant en arts plastiques à la Sorbonne, il cofonde en 1990 le studio Lexis Numérique, d’abord spécialisé dans les images de synthèse, puis dans le développement de jeux vidéo. Entre 1998 et 2004, il réalise ainsi la série Les Aventures de l’oncle Ernest. Dans ces jeux influencés par Robert Louis Stevenson et Jules Verne, les jeunes joueurs et joueuses se voyaient offrir la possibilité de feuilleter des carnets de bord virtuels, écrits et illustrés par un oncle facétieux, qui s’imagine vivre des aventures aux quatre coins du monde – et jusque dans l’espace.

L’obsession du jeu vidéo « transmédia »

Dès la parution du premier épisode en 1998, Le Monde vante ainsi une « une aventure mêlant l’action et la réflexion » à « l’univers étonnant », « à mi-chemin entre le passé et l’avenir », dans lequel il faut terminer un album d’images inachevé, « en se servant des insectes, ainsi que d’outils et objets divers, comme l’appareil photo ou le détecteur de métaux ». Destinées à un jeune public, Les Aventures de l’oncle Ernest s’amusent pourtant déjà à mélanger allègrement jeu vidéo, carnet de notes et petits films, qui rythment l’aventure.

Cette obsession pour ce qu’il appelait le jeu vidéo « transmédia », Eric Viennot en fera le moteur de ce qui est peut-être son œuvre la plus connue, la série In Memoriam, dont le premier épisode sort en 2003. Il y raconte cette fois une aventure très adulte, façon polar, en entreprenant de brouiller la frontière entre les médias, mais, aussi, celle entre la fiction et la réalité.

En effet, les protagonistes de cette enquête racontée en vidéo n’hésitent pas à contacter le joueur par e-mail et SMS, voire à lui laisser des messages (préenregistrés) sur le répondeur de son téléphone portable. D’autres indices se cachent également sur de faux sites Internet montés pour l’occasion, et même sur le site de Libération, qui, partenaire de l’événement, a mis pour l’occasion en ligne quatre « faux » articles se déroulant dans la fiction du jeu.

La recherche de la « fiction totale »

En 2012, Eric Viennot et le studio Lexis Numérique pousseront plus loin la promesse d’In Memoriam avec son successeur spirituel, Alt-minds. Les joueurs ne doivent plus seulement sortir du jeu pour partir en quête d’indices sur Internet (ou, cette fois, sur le site du Monde, partenaire de ce nouveau titre) : ils doivent travailler ensemble pour aller les chercher dehors, dans la vraie vie, en se rendant, par exemple, dans la consigne d’une gare à Belgrade, voire en rencontrant physiquement certains personnages. L’aventure, en outre, se déroule en temps réel, sur une période de huit semaines : tous les soirs, les joueurs sont ainsi invités à discuter ensemble pour faire le point sur leurs recherches et conclusions.

Comme le souligne à l’époque Le Monde, le but est alors de « tenter la convergence entre jeu vidéo, réseau Internet, téléphonie mobile et cinéma pour atteindre enfin le Saint Graal [d’Eric Viennot], ce qu’il appelle la “fiction totale” ».

Lire aussi : « Alt-Minds » aux frontières du réel

Si la liquidation judiciaire de Lexis Numérique a été prononcée en 2017, Eric Viennot n’a pourtant jamais cessé de travailler la question de la narration transmédia. En janvier 2021, il entreprend ainsi de publier, sous forme de newsletter, une enquête feuilletonnée.

A raison de deux épisodes par semaine, Eric Viennot y raconte comment il a tenté « de faire la part entre la réalité et la fiction » après avoir lu une courte nouvelle, présentée comme véridique, dans le livre L’Atlas des îles abandonnées (publié chez Arthaud en 2010). L’autrice, l’Allemande Judith Schalansky, y raconte l’histoire de Marc Liblin, un Français qui rêve depuis sa plus tendre enfance dans « une langue qui lui est totalement inconnue », et qui découvre à 33 ans qu’il s’agit d’un vieil idiome polynésien.

Mise en pause en juillet 2021, la newsletter devait connaître en 2022 une seconde saison, qui ne verra pas le jour. En juin 2022, Eric Viennot expliquait cependant sur Twitter apporter les « dernières retouches » à un livre consacré au sujet, évoquant au passage un futur film.

Eric Viennot en quelques dates

10 mars 1960 Naissance à Lyon

1990 Cofonde le studio Lexis Numérique

1998-2004 Réalise Les Aventures de l’oncle Ernest, série de cinq jeux vidéo d’aventure et de réflexion

2003 Premier épisode de la série In memoriam

2007 Chevalier des Arts et des Lettres

27 juillet 2022 Mort à Marseille





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