Les Pays-Bas abandonnent GitHub pour lancer leur propre plateforme de code souveraine

Les Pays-Bas abandonnent GitHub pour lancer leur propre plateforme de code souveraine


Le gouvernement néerlandais a pris une décision forte en matière d’indépendance technologique. Il a discrètement lancé sa propre forge Git, baptisée `code.overheid.nl`. Cette plateforme, entièrement auto-hébergée, a pour but de rapatrier le code source des administrations publiques, jusqu’ici souvent stocké sur des services comme GitHub, propriété de Microsoft. Une démarche qui répond à des impératifs stratégiques clairs.

Pourquoi un tel changement est-il devenu une nécessité ?

La décision néerlandaise n’est pas un caprice technologique, mais une réponse directe aux risques liés à la dépendance envers des entreprises américaines. Le ministère de l’Intérieur des Pays-Bas considère l’hébergement du code comme une brique critique de son infrastructure, un enjeu de souveraineté numérique fondamental.


En particulier, le FISA Section 702 et le CLOUD Act autorisent les agences de renseignement américaines à exiger l’accès aux données hébergées par des entreprises US, même si ces données se trouvent sur des serveurs hors des États-Unis. Pour un État, cela signifie que son code administratif pourrait être légalement transmis à Washington, sans compter que Microsoft utilise aussi ce code pour entraîner ses propres produits commerciaux, comme GitHub Copilot.

Quelle alternative a été choisie par les Pays-Bas ?

Pour construire sa forteresse numérique, La Haye a opté pour Forgejo. Il s’agit d’un logiciel entièrement libre, un « fork » (dérivé) de Gitea né en 2022. Contrairement à des solutions comme GitLab qui fonctionnent sur un modèle « open-core » où les fonctionnalités avancées sont payantes et propriétaires, Forgejo est un projet communautaire et sans but lucratif.

Ce choix garantit qu’aucune dépendance technique ou commerciale ne se crée avec un éditeur privé. Hébergé sur les serveurs de l’État via le service SSC-ICT, le projet incarne le principe « argent public, code public ». Chaque euro investi dans le développement de la plateforme bénéficie à l’ensemble de la communauté, renforçant un écosystème numérique commun.

Forgejo (2)

Comment se positionnent les autres pays européens, comme la France ?

La France dispose bien d’une initiative similaire sur le papier avec code.gouv.fr, un catalogue du code des administrations piloté par la DINUM. Cependant, la philosophie diffère. La plateforme française repose sur GitLab Community Edition, qui, bien que open source, conserve une dépendance envers la version commerciale pour ses fonctions les plus avancées en matière de sécurité ou d’audit.

L’Allemagne et la Commission européenne suivent des modèles comparables. En choisissant Forgejo, les Pays-Bas deviennent l’un des premiers États européens à opter pour une solution radicalement communautaire, sans aucun lien capitalistique. Bien qu’encore en phase pilote, le projet envoie un signal fort. La question de l’autonomie sur l’infrastructure de code est désormais posée à toutes les administrations du continent.



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