les Pays-Bas choisissent Linux avec NixOS pour leur administration

les Pays-Bas choisissent Linux avec NixOS pour leur administration


Le gouvernement néerlandais développe activement le projet DAWO (Digitaal Autonome Werkomgeving Overheid), un environnement de travail numérique complet et souverain pour ses fonctionnaires.

Basé sur la distribution Linux NixOS, cette initiative vise à réduire la dépendance critique envers les technologies non-européennes, notamment américaines.

Le projet inclut un système d’exploitation, des outils collaboratifs et une infrastructure cloud open source. Officialisé en juillet dernier, ce programme est piloté par le Ministère de l’Intérieur et des Relations au sein du Royaume (BZK) et vise à bâtir une pile technologique complètement maîtrisée, de l’OS aux applications, pour l’ensemble de l’administration publique.

Quel événement a déclenché le projet DAWO aux Pays-Bas ?

Le déclencheur direct du projet DAWO fut l’imposition de sanctions américaines contre la Cour Pénale Internationale (CPI), basée à La Haye. Cet incident a brutalement mis en lumière la vulnérabilité des institutions européennes dépendantes des géants technologiques américains.

La coupure d’accès à des services critiques comme la messagerie Microsoft a agi comme un signal d’alarme pour le gouvernement néerlandais qui a réalisé que son infrastructure numérique reposait sur des sables mouvants géopolitiques.

Cette prise de conscience a transformé un malaise diffus en une priorité nationale. Le projet DAWO est donc la réponse directe à cette question : « Que se passe-t-il si notre principal fournisseur de technologie décide, sur ordre de son gouvernement, de couper l’interrupteur ? »

Pourquoi la distribution Linux NixOS a-t-elle été choisie ?

Le choix de NixOS est au cœur de cette stratégie. Après avoir évalué d’autres options comme openSUSE et Fedora, les équipes de DAWO ont écarté ces dernières en raison de leurs liens commerciaux avec SUSE et IBM/Red Hat.

NixOS, en revanche, est un projet communautaire, sans contrôle commercial, et, cerise sur le gâteau, il possède de solides racines néerlandaises. C’est un choix censer garantir une indépendance totale.


Mais l’atout maître de NixOS est technique. Sa nature « déclarative » permet de décrire l’état final d’un système dans un fichier de configuration, rendant les déploiements parfaitement reproductibles et auditables.

Pour gérer un parc de milliers de machines, c’est un avantage considérable. Rutger Putter, l’un des développeurs clés, estime que « 80 à 90 % du code Nix est réutilisable » entre les déploiements. 

Comment le projet DAWO va-t-il se déployer concrètement ?

Le déploiement de DAWO se fait de manière progressive. Actuellement, des projets pilotes sont en cours dans huit municipalités néerlandaises, dont Amsterdam et Zaanstad.

Fait intéressant, ces tests sont menés sur des ordinateurs portables plus anciens, déjà amortis, qui ne sont pas compatibles avec Windows 11. Cela veut démontrer une approche durable et économique, loin du simple calcul des licences logicielles.

L’équipe a même développé un outil graphique pour faciliter la transition des administrateurs habitués à Windows. Mais l’écosystème ne se limite pas à l’OS.

DAWO intègre une suite d’outils baptisée MijnBureau qui s’appuie sur des logiciels libres éprouvés comme Nextcloud, Collabora et Element. Le projet ne veut pas tout réinventer et cherche plutôt à assembler les meilleures briques open source pour créer un environnement de travail cohérent et souverain.

Une première version stable est espérée pour l’année prochaine, signe d’une accélération notable du projet.

Le projet DAWO est-il une initiative isolée en Europe ?

La démarche néerlandaise s’inscrit dans une tendance de fond européenne. On observe des mouvements similaires en Allemagne, notamment avec le projet openDesk que la région du Schleswig-Holstein est en train d’adopter, et qui inspire directement les Pays-Bas.

La France n’est pas en reste, avec des migrations vers des solutions souveraines dans certains ministères.

Ces initiatives dessinent les contours d’une Europe qui ne veut plus être un simple consommateur de technologies conçues ailleurs. Chaque projet, qu’il soit néerlandais, allemand ou français, ajoute une pierre à l’édifice d’une souveraineté numérique continentale avec un message : l’Europe commence à bâtir ses propres outils. Mais cela suffira-t-il ?



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