Plongée au coeur du fief de Qualcomm à San Diego

Plongée au coeur du fief de Qualcomm à San Diego


C’est à l’extrême sud de la Californie, face à la frontière mexicaine, que Qualcomm tient l’essentiel de son activité. Le géant des puces pour smartphones a installé sous le soleil de San Diego son siège et ses principaux laboratoires que nous avons pu visiter en partie.
Son fief s’étend sur plusieurs hectares, à la périphérie nord de la ville, et concentre 13 000 collaborateurs sur les 41 000 employés qu’il compte dans le monde entier. 

Seul en son royaume

Même si Google, Apple et Amazon ont fini par ouvrir des bureaux dans cette ville cotée et que le secteur de la biotechnologie s’y développe, Qualcomm y fait toujours figure d’exception.
Contrairement à San Francisco, San Diego reste en effet davantage connue pour ses plages et la présence historique de l’US Navy que pour son écosystème de start-up. Même sur le campus, il est difficile d’oublier l’omniprésence des militaires avec leurs avions de chasse qui passent plusieurs fois par jour.

Le port de San Diego.

Qualcomm se retrouve donc seule grosse entreprise tech en son royaume. C’est tout naturellement en son coeur qu’il a choisi d’organiser son 5G Summit annuel pour fêter le retour en présentiel de l’événement ce mois de mai. « Bienvenue dans notre belle ville de San Diego», a salué son charismatique patron, Cristiano Amon, à l’ouverture.

Le PDG de Qualcomm, Cristiano Amon, lors du 5G Summit de ce mois de mai.

Un stade à la gloire de Snapdragon

L’empreinte de l’entreprise dans la ville ne s’arrête pas là. En septembre aura lieu l’inauguration du stade de football américain Snapdragon, du nom de la fameuse suite de Soc. Il y a même une Qualcomm Way qui longe le site puisque le stade s’appelait tout bonnement Qualcomm avant les travaux !

Vue du future stade qui portera le nom de Snapdragon.

Tout cela, sans compter les oeuvres sociales ou lieux éducatifs et culturels que l’entreprise finance ou qui sont soutenus par le principal fondateur de l’entreprise, Irwin Jacobs, aujourd’hui à la retraite.

La salle de concert Joand and Irwin Jacobs Music Center.

A l’origine, il y avait Irwin Jacobs

Si le siège est installé à distance respectable de la Silicon Valley, dans la deuxième métropole de l’Etat, c’est à cause de lui, Irwin Jacobs (troisième en partant de la droite sur la photo ci-dessous).
Jeune professeur en génie électrique et informatique au MIT, il est appelé dans les années soixante pour renforcer l’Université de San Diego (USCD). Après une première expérience entrepreneuriale, la légende veut que ce soit depuis son salon qu’il ait créé Qualcomm avec six autres amis ingénieurs en 1985. Le petit groupe choisit ce nom parce que c’est un condensé de QUALity COMMunications.

Les fondateurs de Qualcomm. Irwin Jacobs est le troisième en partant de la droite.

Aujourd’hui, la société conçoit et distribue des solutions de connectivité sans-fil pour les terminaux grand public et les équipements des opérateurs. Plus précisément, elle fournit des processeurs, des modems, tous les composants radio entre le modem et l’antenne, ainsi que les logiciels qui vont avec. Mais elle est fabless. Vous ne trouverez donc pas d’usine de fabrication à son siège de San Diego.

Le siège de Qualcomm.

Le campus de Qualcomm se divise en plusieurs parties. D’un côté les labos de recherche où nous avons circulé, de l’autre, le siège avec les services administratif, marketing ou commercial. Pas de design spectaculaire et grandiose comme celui de l’Apple Park. Aucune trace non plus de fantaisie comme au Googleplex qui affiche fièrement des figurines Android colorées. Beiges, gris ou bleus, ici les bâtiments rivalisent de sobriété. Et pas de place pour la poésie avec des noms de bâtiments désespérants d’efficacité. Bienvenue dans les Building M, O, ou T !

La sobriété et la fonctionnalité dominent sur le campus.

A l’origine, Qualcomm était essentiellement un centre de recherches vivant de contrats passés avec le département de la Défense ou le gouvernement. Et depuis ces débuts, ce sont toujours des ingénieurs qui l’ont dirigé. Les deux derniers PDG, Steve Mollenkopf et Cristiano Amon, ne dérogent pas à la règle. Ce n’est pas anodin et se ressent jusque dans la logique fonctionnelle du campus.

L’impressionnant mur de brevets

Derrière l’apparente banalité de tous ces immeubles, quelques-uns méritent tout de même le détour. Le premier, c’est le Building N. Il accueille les employés pour des sessions de formation ou des visiteurs extérieurs pour des démonstrations.
A l’accueil, on ne peut passer à côté d’un impressionnant mur de brevets dont la réputation a déjà fait le tour du monde. Il est composé de 1 395 brevets, soit une toute petite partie seulement de la totalité déposée par Qualcomm depuis ses débuts. 

Le mur de brevets.

Ce patent wall est loin d’être anecdotique. D’une part, il a des vertus édifiantes pour tous les employés qui passent devant. D’autre part, il résume bien son business model. La société ne tire pas seulement ses revenus des produits qu’elle vend, mais aussi des brevets déposés sur des technologies incontournables pour les constructeurs de smartphones, ou d’autres produits connectés. « Qualcomm a été fondé sur l’idée que nous allons essayé d’être innovant », aimait répéter Irwin Jacobs. Sa richesse, ce sont ses brevets, ce qui la condamne à consacrer des moyens conséquents en recherche et innovation.

L'entrée du musée de Qualcomm sur son campus.

Un petit musée retrace son histoire

A proximité du patent wall, Qualcomm a d’ailleurs édifié un petit musée pour retracer son histoire. Là encore, pas de démesure, même si la société est fière d’aligner toutes les technologies auxquelles elle a contribué en presque quarante ans d’existence. Son premier coup de maître, c’est la mise au point du système de communication par satellite bidirectionnel Omnitracs, encore utilisé aujourd’hui.

Le système Omnitracs.

Le succès d’Omnitracs a financé le développement du CDMA (Code Division Multiple Access), une technologie de transmission radio utilisant efficacement le spectre. Plus besoin d’occuper une fréquence pour chaque appel. Les transferts d’informations peuvent avoir lieu simultanément et sont identifiés par des codes. Le CDMA  a fini par s’imposer sur la planète entière en 1999 et être intégré dans la 3G, la 4G, puis la 5G. Une vraie rente.

Prototype sur table d'un système CDMA.

500 ingénieurs se consacrent à la 5G

Aujourd’hui, Qualcomm met en avant ses avancées dans le domaine de la 5G, marché sur lequel il est leader. Il travaille maintenant activement à faire évoluer le standard. Songez que 500 ingénieurs se consacrent exclusivement à cette génération de téléphonie mobile sur son campus ! Nous n’avons malheureusement pas pu pénétrer dans le saint des saints, le Research Center, qui cache ses plus grands secrets industriels.

Le laboratoire de recherche de Qualcomm.

Mais nous avons pu parcourir le Building BC. Une sorte d’énorme hangar modulaire dédiée à l’expérimentation de ses trouvailles qui sortent des labos. Ici, des tests de connectivité sont réalisés entre une station de base et un terminal dans un espace recouvert de mousse pyramidale reproduisant les conditions extérieures.

Simulation de communications radio entre une station de base et un terminal.

Là, de jeunes chercheurs préparent les usines du futur avec un bras robotisé connecté d’une chaîne de production. On croise aussi des robots dont les parcours sont suivis à la trace pour améliorer le positionnement précis en intérieur. 

Des expérimentations avec des bras robotisés connectés en 5G pour les usines du futur.

Nous finissons par accéder au toit du bâtiment, où Qualcomm réalise des tests de communication en extérieur. Un peu plus bas, on aperçoit la piste réservée aux drones connectés qui sont utilisés lorsque l’US Army ne survole pas son campus.

Un type d'antenne Full Duplex prototypé par Qualcomm et la piste de drones un peu plus bas.

Depuis le toit, nous balayons du regard l’ensemble du campus de Qualcomm qui compte une vingtaine de bâtiments au total. Il s’est agrandi au fil des années, enjambant les routes et grignotant un paysage rural où l’on distingue en toile de fond des montagnes et des canyons. 

Le campus de Qualcomm se situe entre l'océan Pacifique à l'Ouest et le désert à l'Est.

La stratégie de la diversification

Un territoire traversé par des influences contraires. On se retrouve tour à tour décoiffé par les rafales maritimes de la côte pacifique toute proche et enveloppé par le souffle chaud et sec venant du désert à l’Est. Un peu comme Qualcomm, pris entre deux deux sur le marché du mobile, où il semblait inamovible. Il s’est retrouvé bousculé chez lui par le géant Apple, qui se passera de ses puces dans ses iPhone dès 2023. Et il a été détrôné de sa place de leader mondial par le taïwanais Mediatek, qui fait plus de volume que lui sur le segment des processeurs de smartphones.  

Il compte désormais sur la souplesse de sa plate-forme Snapdragon pour se diversifier. Il ne s’agit plus seulement de s’adresser aux terminaux mobiles mais également aux voitures, aux lunettes de réalité augmentée, aux casques de réalité virtuelle, ainsi qu’aux robots des usines et à une multitude d’objets connectés. « Nous entrons dans une nouvelle ère de produits connectés intelligents », a voulu rassurer Cristiano Amon face une foule d’analystes lors du 5G Summit.
Encore faut-il que les constructeurs suivent et que les usagers y trouvent une utilité.



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