Le message envoyé par la direction d’Ubisoft à ses quelque 3 800 collaborateurs en France est sans équivoque. Fini les deux jours de travail à distance par semaine. Place à un forfait annuel, soit moins d’une journée hebdomadaire. Annoncée pour une mise en application en octobre 2026, cette nouvelle politique s’inscrit dans une réorganisation globale de l’entreprise qui cherche à réduire ses coûts de 200 millions d’euros tout en naviguant dans un marché de plus en plus féroce.
Pourquoi cette décision maintenant ?
Officiellement, la direction met en avant la nécessité de « renforcer la collaboration des équipes » et de « favoriser la transmission ». Un discours bien rodé qui peine à masquer une réalité économique beaucoup plus pragmatique. L’éditeur des franchises cultes comme Assassin’s Creed ou Far Cry fait face à des difficultés financières et à une concurrence accrue. Ce retour quasi complet au bureau est donc une des facettes d’un plan d’économies massif.
Ce serrage de vis sur le télétravail est présenté comme un levier pour ranimer la flamme créative, mais il s’agit surtout d’une tentative de reprise de contrôle dans une période de forte incertitude pour l’entreprise. La direction espère que la proximité physique recréera des dynamiques positives, essentielles à la conception de ses futurs blockbusters.
Quelle a été la réaction des salariés ?
Le mot qui revient est « sidération ». C’est en tout cas le terme utilisé par Pierre-Etienne Marx, représentant du Syndicat des travailleurs du jeu vidéo (STJV). Les salariés, qui avaient déjà manifesté leur mécontentement en février dernier, se sentent floués. Ils avaient demandé une renégociation des accords existants, pas une quasi-suppression unilatérale.
En février, une mobilisation importante avait vu près de 1 200 salariés se mettre en grève pour protester contre ce projet. La direction, qui avait comptabilisé de son côté un peu plus de 500 grévistes, semble donc avoir fait le choix de passer en force, malgré un climat social déjà très dégradé. Le dialogue avec le syndicat s’annonce complexe, surtout après cette démonstration d’autorité qui ravive les tensions d’une grève encore fraîche dans les esprits. En clair la direction n’a que faire des demandes des salariés et va désormais les contraindre à revenir au bureau, un espace « créatif » qui a surtout été décrié ces dernières années pour être le coeur de harcèlement moral et sexuel…
Quel avenir pour le modèle de travail chez Ubisoft ?
Le pari de la direction est clair : forcer les interactions pour relancer la machine créative. Mais c’est oublier un peu vite que la créativité ne se décrète pas en convoquant tout le monde dans un open space. En imposant un modèle de travail plus rigide, Ubisoft prend le risque de voir ses talents les plus convoités chercher des conditions plus flexibles ailleurs.
Cette décision à contre-courant de nombreuses tendances du secteur des jeux vidéo pose question. S’agit-il d’une manœuvre pour pousser certains salariés vers la sortie sans passer par un plan social formel, ou d’une conviction profonde que le présentiel majoritaire est la seule voie de salut ? Quoi qu’il en soit, l’entreprise joue une partie de sa réputation et de son attractivité sur ce dossier.
Foire Aux Questions (FAQ)
Le nouveau quota de télétravail est-il négociable ?
La direction a indiqué que des discussions devaient encore se tenir avec les partenaires sociaux et qu’une « attention particulière sera portée aux situations individuelles ». Cependant, l’annonce a été perçue comme une décision déjà actée par les syndicats.
Combien de jours de télétravail étaient autorisés avant ?
Jusqu’à cette nouvelle annonce, les salariés d’Ubisoft en France bénéficiaient majoritairement de deux jours de télétravail par semaine.
Cette mesure s’applique-t-elle immédiatement ?
Non, la mise en application est prévue pour octobre 2026 pour la plupart des entités, et pour le printemps 2027 pour celles qui disposent d’un accord de télétravail spécifique.

