Le succès commercial fulgurant du jeu Call of Duty: Modern Warfare 4 en Corée du Sud est à la mesure de la controverse qu’il suscite. Depuis sa sortie, le titre domine les classements des ventes mais se retrouve au cœur de vifs débats. En cause, son scénario hyperréaliste dépeignant un nouveau conflit entre les deux Corées et, plus grave encore, l’intégration d’images issues d’une tragédie nationale récente.
Pourquoi l’utilisation d’images réelles choque-t-elle si profondément ?
La polémique la plus virulente concerne l’utilisation d’images authentiques de la bousculade mortelle survenue à Itaewon pour Halloween en 2022. Dans une scène destinée à illustrer les ravages de l’invasion fictive, le jeu montre sans détour les efforts de secouristes, des policiers et pompiers en intervention, des corps alignés le long des rues et des scènes de chaos dignes d’une zone de guerre. Ces images, simplement retraitées avec un filtre monochrome et des bruitages ajoutés, ont été immédiatement perçues comme une « absence totale de sensibilité ».
Les familles des plus de 150 victimes, par la voix de leur représentant Cho In-young, ont dénoncé un profond manque de respect pour la dignité des défunts et exigent le retrait pur et simple de ces séquences. Elles jugent « extrêmement inapproprié » d’utiliser une telle tragédie comme matière pour un divertissement, un sentiment d’autant plus fort que des familles venues de l’étranger se trouvaient dans le pays pour les cérémonies commémoratives au moment de la découverte.
Comment l’éditeur du jeu se défend-il face aux accusations ?
Face à la montée des critiques, l’éditeur de Call of Duty, Activision, a été contraint de réagir. Dans une communication transmise à l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, la société a tenté de justifier son choix en expliquant que les images avaient été utilisées « comme un élément destiné à raconter l’histoire fictive représentée dans le jeu ». Une défense qui s’appuie sur la liberté créative.
L’entreprise assure ainsi qu’il n’y avait « absolument aucune intention de faire référence à la tragédie d’Itaewon » ni de banaliser un quelconque drame réel. Cette justification, jugée minimaliste par beaucoup, peine cependant à convaincre les associations de victimes et une partie de l’opinion publique, qui attendent désormais des « mesures correctives » rapides et concrètes de la part du développeur.
Au-delà de l’éthique, quelle est la portée politique de ce scénario ?
Le scénario du jeu, qui met en scène une invasion à grande échelle menée par la Corée du Nord après un coup d’État à Pyongyang, résonne de manière particulièrement forte dans un pays qui reste techniquement en conflit avec son voisin. Le réalisme de cette simulation d’un nouveau conflit armé sur la péninsule a non seulement ravivé des angoisses latentes, mais a aussi été rapidement instrumentalisé sur la scène politique.
L’opposition conservatrice s’est en effet emparée du succès phénoménal du jeu pour critiquer la politique du président en place, jugée trop conciliante envers Pyongyang. Des députés, comme Kim Seok-ki, n’ont pas hésité à prendre la parole à l’Assemblée pour affirmer que les jeunes appréciaient le jeu car « au moins, on y réagit avec fermeté face aux provocations », pointant du doigt une supposée impréparation militaire de la Corée du Sud.
