quand le vendeur se fait arnaquer par son acheteur

quand le vendeur se fait arnaquer par son acheteur


Les personnes qui vendent de la marchandise sur Leboncoin n’ont pas intérêt à se passer du service de paiement sécurisé que propose ce site de petites annonces, comme le montre l’affaire suivante. Le 21 mars 2021, Kevin Parent, jeune créateur de sites Internet, met en vente sur Leboncoin son ordinateur MacBook Pro, au prix de 2 200 euros, afin d’acheter un appareil plus puissant.

Le samedi 3 avril 2021, il est contacté par Abdessamad X. Il accepte d’échanger avec lui par SMS – et non sur la messagerie sécurisée du site. M. X lui pose quelques questions techniques, puis, se disant pressé, réclame un rendez-vous pour le lendemain, en vue d’une remise en mains propres. M. Parent lui précise qu’il souhaite être payé « en liquide ou par chèque de banque ».

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M. X lui objecte que « le week-end, c’est compliqué de se procurer un chèque de banque ou de débloquer autant d’espèces ». Il propose de lui faire un virement et, pour le rassurer, lui adresse une copie de sa carte d’identité. M. Parent accepte sa proposition, au lieu d’exiger le paiement sécurisé sur le site.

Frais payés par l’acheteur

Lorsqu’une transaction se fait sur Leboncoin, l’acheteur s’engage à payer la marchandise, plus 4 % de frais de service (ici 88 euros), plus, éventuellement, les frais de livraison. Mais le site ne débloque l’argent qu’après réception de la marchandise et feu vert de l’acheteur. De cette manière, si ce dernier reçoit un colis ne contenant pas ce qu’il attendait, il ne risque pas de se faire gruger. Quant à celui qui vend, il est sûr d’être payé.

Le dimanche 4 avril 2021, ce n’est pas ce qui se passe : M. X assure à M. Parent qu’il lui a fait un virement bancaire de 2 200 euros. Il lui transmet la capture d’écran d’un SMS de sa banque, LCL, qui confirme l’opération. M. Parent accepte donc de lui remettre son ordinateur. Mais il n’en percevra jamais le prix : LCL, qu’il interroge, répond ne pas avoir M. X pour client.

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Après une mise en demeure infructueuse, M. Parent porte plainte contre M. X au commissariat de Valenciennes (Nord). Il communique la copie de sa pièce d’identité. Bien que l’intéressé soit « défavorablement » connu des services de police (il a déjà été condamné pour des faits similaires), rien ne se passe.

« Un an de retard… »

M. Parent crée alors un site Internet au nom de son acheteur, dont il divulgue les pseudos. Il invite d’autres éventuelles victimes à porter plainte auprès du pôle financier du commissariat de Saint-Amand-les-Eaux (Nord), censé centraliser l’affaire. Il explique que « leur regroupement permettra de faire avancer l’enquête ». Une trentaine de personnes répondent à l’appel.

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Le 7 octobre 2021, M. X, prévenu d’« escroquerie en récidive », est arrêté et placé sous contrôle judiciaire. Lors de son procès, qui se tient le 14 avril 2022, au tribunal judiciaire de Valenciennes, il explique que tout l’argent « partait dans les paris sportifs ». Le tribunal le déclare coupable de faits d’« abus de confiance en récidive », et le condamne à un emprisonnement d’un an, assorti d’un sursis de deux ans – pendant lesquels il ne devra pas, notamment, participer à des jeux d’argent. Il le condamne à verser quelque 37 000 euros à la vingtaine de vendeurs qui, tel M. Parent, se sont portés parties civiles.

Pour sa part, Kevin Parent se voit allouer la somme de 3 100 euros (2 200 euros au titre du préjudice matériel, plus 300 euros au titre du préjudice moral, plus 600 euros de remboursement de frais d’avocat).

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Mais il se doute que le jugement ne pourra pas être exécuté, vu que le condamné est insolvable. Il a donc contacté le Service d’aide au recouvrement des victimes d’infractions (Sarvi), susceptible dans ce cas de verser une indemnisation de 3 000 euros maximum. Le délai pour revoir l’argent est en principe de deux mois. Mais le Sarvi lui a indiqué avoir « un an de retard dans le traitement des dossiers »… Lors de sa prochaine vente sur Leboncoin, M. Parent aura intérêt à utiliser le système de paiement sécurisé.



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