Sur YouTube, le succès culinaire insoupçonné d’un petit village cambodgien

Sur YouTube, le succès culinaire insoupçonné d’un petit village cambodgien


« J’aurai besoin de cent rats pour demain, c’est possible ? », demande Sopheak à une vendeuse du marché de Moung Ruessei, qui acquiesce de son chapeau Chanel contrefait tout en notant la commande. « Les plats avec les rats cartonnent toujours sur ma chaîne YouTube », lance le jeune Cambodgien de 35 ans pour expliquer son choix. Pas de temps à perdre, il doit à présent passer récupérer 132 kg de poulet auprès d’une autre vendeuse à qui il a passé commande la veille. Devant le stand de volailles éventrées, Sopheak revient sur son parcours. Il attend sa sœur Sina et son beau-frère Mok, qui participent à toutes les vidéos de Kitchen Foods, sa chaîne YouTube.

Sopheak Lim dans le bureau de sa nouvelle maison construite grâce aux revenus gagnés avec sa chaîne YouTube Kitchen Food. A Kamreng (Cambodge), le 16 janvier 2023.
Caméra à la main, Sopheak filme Sina et son mari en train d’acheter pour 330 euros de poulets frais au marché de Moung Ruessei (Cambodge), le 15 janvier 2023.
Loin des rayons de supermarchés aseptisés, Sina et son mari récupèrent les poulets préparés spécialement pour eux.
Chaque plat cuisiné coûte environ 500 dollars à préparer. Pour ce faire, Sina et son mari échangent auprès de la bijoutière du marché des dollars américains en riels, la monnaie cambodgienne.

« En 2018, j’étais employé dans un magasin de téléphonie mobile à Phnom Penh, et je cherchais un moyen de me faire plus d’argent. J’ai tapé sur Google “comment se faire de l’argent”, j’ai trouvé une formation que j’ai suivie. C’est comme ça que j’ai commencé à créer des chaînes YouTube sur mes passions : la boxe et les films », raconte-t-il. Mais le succès n’est pas au rendez-vous et les comptes de Sopheak sont fermés par la plate-forme car il ne respectait pas les droits d’auteur des extraits des vidéos qu’il utilisait dans ses productions. « J’étais un peu déçu mais je n’ai pas laissé tomber, reprend-il. Et puis, j’ai eu l’idée de faire des vidéos sur la cuisine du village où habitent ma sœur et son mari. C’est de cette façon que j’ai créé Kitchen Foods. »

Le succès de la cuisine rurale asiatique

Il n’est pas le seul à avoir eu cette idée. Depuis 2017, des chaînes YouTube de cuisine rurale des pays d’Asie en voie de développement ont commencé à voir le jour. Du Bangladesh à l’Inde, en passant par le Cambodge, toutes ont en commun de divertir leurs abonnés en cuisinant et en dévorant en grande quantité des spécialités locales, avant d’en redistribuer les restes aux plus démunis. Et la sauce semble prendre : la chaîne bangladaise Grandpa Kitchen totalise ainsi 9,5 millions d’abonnés et près d’un milliard de vues, quand sa concurrente indienne Village Cooking Channel, elle, frôle les vingt millions d’abonnés et cumule plus de cinq milliards de vues.

Les tournages des vidéos se font avec un appareil-photo, un trépied et une nappe en guise de pare-soleil. A Kamreng (Cambodge), le 16 janvier 2023.
Sopheak, smartphone à la main, éclaire la cachette d’un gecko pour aider son beau-frère à le capturer.
Sina et son mari Mok partent à la chasse aux geckos. Les petits reptiles seront ensuite frits à la poêle pour l’enregistrement d’une nouvelle vidéo de leur chaîne YouTube.

Certes, avec ses deux cents millions de vues et ses quelque 570 000 abonnés, Kitchen Foods n’en est pas encore à ce niveau. Mais la chaîne cambodgienne rapporte tout de même à Sopheak environ l’équivalent de « 10 000 euros par mois, 15 000 les bons mois ». Une véritable fortune dans un pays où le salaire moyen mensuel est d’environ 250 euros.

La recette de ce succès, Sopheak l’explique à sa manière : « Sur YouTube, les gens aiment regarder ce qui leur semble impossible. Ils n’ont pas l’habitude de voir des paysans avaler des quantités énormes de nourriture. Ça leur paraît irréel ! Il y a aussi le type de plats que nous cuisinons. En regardant nos vidéos, les gens des villes se rendent compte qu’en échange de plus de confort, ils ont rendu leur existence ennuyeuse. »

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