Et si l’on avait enfin trouvé la vidéo la plus satisfaisante du monde ?

Et si l’on avait enfin trouvé la vidéo la plus satisfaisante du monde ?


D’après la chercheuse Alice Lenay, c’est en constatant les effets relaxants et étrangement agréables de certaines ambiances visuelles et sonores que les premiers adeptes de l’ASMR (pour autonomous sensory meridian response) se mirent à recommander et à s’échanger des vidéos susceptibles de déclencher cet état chez le spectateur. A savoir une réponse automatique des méridiens sensoriels (d’où le sigle), décrite alternativement comme une « onde de bien-être enveloppante », une « petite béatitude » ou encore un « véritable guili cérébrospinal ». Si le genre ASMR est désormais popularisé sous la forme de vidéos de chuchotages, de bruitages délicats et soyeux, de malaxage de pâte à modeler (voire le tout en simultané), il s’agissait à l’origine pour les adeptes de cette sensation sans nom de trouver de quoi « satisfaire » cette quête d’épiphanie.

C’est en méditant sur ce désir d’extase qui hante l’humanité que j’entrepris de chercher la vidéo la plus « satisfaisante » du monde. Pourquoi faire un détour pour atteindre le nirvana ? Cliquons tout droit sur le premier lien qui se présente. « Régalez vos yeux avec… la vidéo la plus satisfaisante du monde », n’hésite pas à plastronner l’intitulé de l’œuvre proposée par Digg, un média américain agrégateur de contenus Internet viraux. A table, donc, pour un festin d’images.

Spirales de verre fondu, machine à compresser les canettes, boucle de train électrique miniature, efficacité d’un nettoyeur haute pression… Mais qui ou que cherche-t-on à satisfaire au juste ? Avant même qu’on y prenne garde, voilà des robots sur des chaînes d’assemblage, des impressions de camouflage militaire sur un casque. L’arrachage automatisé d’un champ de carottes répond au mouvement hypnotique d’une étireuse de guimauve… C’est la perfection froide et millimétrée de la mécanique qu’on célèbre ici. Pardon, mais il y a tromperie sur la marchandise, quand bien même celle-ci est particulièrement sucrée.

C’est uniquement par respect d’une éthique professionnelle chevillée au corps que je pus dépasser le stade de la machine à séparer le jaune du blanc d’œuf. Beurk.

Approche taoïste

En vérité, on ne saura pas combien de visionnages ont débouché sur une authentique satisfaction parmi les 19 millions survenus depuis la mise en ligne, le 12 février 2016, de ces 4 min 59 s de spectacle. Les commentaires ayant été suspendus, nul ne peut désormais hurler à la promesse mensongère. La dominante d’une esthétique industrielle indique néanmoins une volonté d’automatiser la production de l’effet recherché. Or, si notre cerveau est un outil prédictif qui jouit d’anticiper les effets visuels et sonores, comme le rappelait le docteur en neurosciences Albert Moukheiber dans un récent épisode de l’émission « Le Dessous des images », sur Arte, ne serions-nous pas aussi les jouets de ces épiphanies qui pourraient littéralement nous saisir ?

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