Ils filment leur chagrin d’amour et se font consoler sur YouTube

Ils filment leur chagrin d’amour et se font consoler sur YouTube


Dans les premières secondes de la vidéo, Tom Cholat n’arrive même pas à parler distinctement. Les yeux bouffis, filmé en gros plan, il marmonne en retenant ses larmes : « J’y arriverai pas… » Pendant douze mois, le Lillois de 21 ans s’est filmé en train d’essayer de faire le deuil de sa première grande histoire d’amour, avant de compiler les rushes au printemps 2022. « Je voulais montrer que c’est normal de pleurer, d’être triste. C’était un doigt d’honneur à ceux qui disent qu’il faut garder ça pour soi », explique le vidéaste amateur, qui étudie la sociologie et l’économie. « Au début, j’avais l’impression que je n’allais jamais aller mieux. Mais au fur et à mesure, quand je revoyais les images, je me rendais compte que deux mois auparavant, je n’étais même pas capable d’en parler sans pleurer. Ça m’aidait vraiment à voir que j’avançais », se souvient Tom, qui a commencé le montage quand il a estimé que sa rupture était consommée, comme un point final à son processus de reconstruction. Sa vidéo « Rupture amoureuse : un an après », vue 9 000 fois, est la plus populaire de sa chaîne, où il parle aussi politique et musculation. Mais pourquoi livrer des moments aussi intimes à des internautes parfaitement inconnus ?

Sur les réseaux sociaux, les récits de rupture racontés à la première personne sont devenus un genre à part entière. Et ce notamment depuis l’été 2020, après le succès de la vidéo de la comédienne Swann Périssé, sobrement intitulée « Il m’a quittée par mail », vue plus d’un million de fois en quelques jours sur YouTube. La vidéo « J’ai filmé ma rupture », postée par l’influenceuse Horia en octobre 2020, a été visionnée 2,8 millions de fois. Depuis, des dizaines d’autres internautes se sont filmés pendant des mois pour raconter les différentes étapes de leur chagrin d’amour.

Une « publicisation de l’intime », selon l’expression de Claire Balleys, sociologue à l’Université de Genève et autrice de Grandir entre adolescents. A l’école et sur Internet (Presses polytechniques et universitaires romandes, 2015), amorcée au début des années 2000 par la télévision, avec des émissions comme « C’est mon choix », inspirées des talk-shows américains. « Aujourd’hui, les vidéos filmées par des internautes en gros plan à la maison permettent de donner une impression de proximité encore plus grande avec le public », analyse la chercheuse.

Se montrer en train de pleurer

Sur TikTok, #sad compile 652 milliards de vues, #depression 15 milliards, #breakup 42,4 milliards. Pour Claire Balleys, l’intérêt de ces contenus réside notamment dans leur dimension participative : « On peut parler de double processus de reconnaissance, dans lequel le créateur de contenus est validé par sa communauté à travers les commentaires et l’engagement, et où la communauté se reconnaît dans le contenu. Quand on vit une rupture, on peut en parler à ses proches, mais certains ont aussi envie d’en parler à des gens qui vivent la même chose au même moment. C’est l’objet de ces communautés de circonstance. »

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