« La mutualisation, ça marche à fond ! » L’Adullact, le logiciel li …

"La mutualisation, ça marche à fond !" L’Adullact, le logiciel li ...


L’Adullact (Association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres pour les administrations et les collectivités territoriales) est une de ces belles associations libristes vingtenaires qui mènent un remarquable travail de fond, même si, comme chez tous les promoteurs du Libre, on déplore que les choses avancent si lentement en France. Et qu’il faille l’avènement d’un Trump pour que politiques et autres dirigeants semblent découvrir nos innombrables dépendances numériques. L’Adullact, qui a fêté ses vingt ans en 2022, a tenu son dixième congrès début juin à Montpellier. Deux jours de congrès fort consistants (juste après une première canicule…), que j’ai suivis, et dont voici des aperçus, en deux temps (le prochain sera plus axé sur des exemples de collectivités).

Du village à des grandes collectivités

L’Adullact comptait 518 adhérents fin 2025, dont 458 collectivités territoriales (contre 411 un an plus tôt), les autres étant des personnes et des organismes (entreprises, associations). Parmi les nouveaux entrants cités au congrès, des conseils départementaux (Cher, Morbihan, Var et Vaucluse), la communauté d’agglomération de La Rochelle, Mégalis Bretagne (syndicat mixte de coopération territoriale pour son réseau public de fibre optique), Nîmes Métropole, ainsi que des entités plus petites comme Saint-Rémy en Corrèze (244 habitants) – «ça montre que la mutualisation ça marche à fond !», se félicitent les responsables de l’Adullact. L’association compte dix permanents. Son délégué général Matthieu Faure a succédé en 2025 à Pascal Kuczynski, qui a pris sa retraite après deux décennies à ce poste.

Dès 2003, l’Adullact créait adullact.net, forge publique de logiciels libres métiers sur fonds publics, et plus tard un gitlab. Côté recensement, signalons le Comptoir du Libre, qui recense les logiciels libres utiles aux services publics, ainsi que leurs utilisateurs et prestataires. Il répertorie 771 logiciels libres métiers. Et son temps de visite moyen de 3 minutes (robots non compris) – avec des pointes chez certains visiteurs jusqu’à plusieurs dizaines de minutes – montre que «ce Comptoir une réelle valeur ajoutée pour les collectivités», se félicite Matthieu Faure.

Un service pour le contrôle de légalité aujourd’hui le plus utilisé

Parmi ses nombreux travaux passés ou présents de l’association, le logiciel S²LOW (Service Sécurisé Libre inter-Opérable pour la Vérification et la Validation) est un outil de télétransmission de documents, dont l’histoire est exemplaire. François Elie, président et cofondateur de l’Adullact, la raconte ainsi dans le livre (PDF) consacré aux 20 ans de l’Adullact:

«Lorsque la dématérialisation du contrôle de légalité se profila, il fallut accélérer. On ne pouvait pas attendre un tour de table interminable de collectivités qui ne voyaient ni le danger ni les outils possibles de la mutualisation. Nous prîmes alors deux décisions: la première fut de faire développer un service de dématérialisation du contrôle de légalité; nous le décidâmes à quelques-uns, en lui donnant le nom de S²LOW (le produit de la Caisse des Dépôts s’appelait Fast… on fit économie de publicité). La seconde décision fut de créer un bras armé, une coopérative, une SCIC, Adullact-Projet, pour produire du logiciel libre métier sur fonds propres, en saisissant les opportunités sur des segments nouveaux. S²LOW est aujourd’hui le service le plus utilisé pour le contrôle de légalité, et il est porté par cinq éditeurs différents.

Le bénéfice pour les collectivités et les administrations? Il existe désormais une offre libre (et même parfois variée) sur la production de documents métiers, la signature électronique, l’archivage, le routage des flux. Lorsque la preuve fut faite sur la chaîne du document que du logiciel métier mutualisé était possible, l’association se sépara de la coopérative, devenue Libriciel, une entreprise parmi d’autres, quand elle avait été pionnière. Moment nécessaire, parce qu’il avait fallu amorcer, montrer que c’était possible, ouvrir davantage le marché. Séparation nécessaire pour se recentrer sur notre rôle d’animateur des communautés de clients publics.»

Accessibilité des sites web : un outil libre

L’association est très active sur l’accessibilité numérique, domaine dans lequel la France – sites de collectivités compris – est fort à la traîne. Le logiciel libre Asqatasun mesure le niveau d’accessibilité d’un site Internet selon le RGAA (Référentiel Général d’Accessibilité des Administrations). Sa version 6.0.0 est sortie en mai.

Le forum de discussion France Numérique Libre, collectif de responsables informatiques de collectivités territoriales autour des logiciels libres qui s’appuie sur l’infrastructure de l’Adullact, réunit maintenant 400 personnes et 270 collectivités.

Les deux journées de conférences et d’échanges des 4 et 5 juin ont été suivies par Aya Berteaud et Julien Revenu, spécialistes de la «facilitation graphique» – une découverte pour ma part. Je connaissais les interventions de dessinateurs qui font de l’humour en temps réel, à Montpellier il s’agissait d’illustrations, là aussi en live, synthétisant les différents propos (et formant au fil des heures une fresque, résumée oralement en fin de journée).

Un exercice amusant mais aussi impressionnant, car non seulement il s’agit d’être fidèle aux exposés, mais aussi d’écouter la suite tout en dessinant. En voici un exemple par Ayadesign pour l’intervention de Rémy Gerbet, directeur exécutif de Wikimédia France, sur la lutte des wikipédiens contre la désinformation.

Les wikipédiens contre la désinformation, restitution graphique au congrès de l'Adullact © Adullact

Les wikipédiens contre la désinformation, restitution graphique au congrès de l’Adullact

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