Web3 : quitte ou double ?

La blockchain 3.0 va t-elle (enfin) décoller ?


Ce billet est le second qui explore le Web 3.0, ce nouvel Internet. Il partage les analyses et la vision de GreenSI sur l’ébullition médiatique et stratégique actuelle autour de sujet.

Le billet précédent a montré que la Blockchain pouvait jouer un rôle comme nouvelle infrastructure économique du Web 3.0, pour que les internautes et les entreprises puissent acheter, vendre et stocker des biens et des services dans les nouveaux univers numériques. Car ce qui fait le Web 3.0, c’est cette capacité pour chacun de pouvoir posséder une partie de cet actif numérique, quand le Web 2.0 a montré au contraire une capacité à le concentrer sur quelques acteurs.

On voit donc que la Blockchain n’est pas la révolution en cours, mais un de ses instruments. Elle en sera peut-être l’outil technologique pour développer des fonctionnalités propres à la confiance, à l’identité, à la propriété et à la décentralisation du Web 3.0. Mais on peut aussi se demander si l’idée d’un Web 3.0 décentralisé, sur la base de la propriété, de transactions et d’actifs, est une idée qui fera son chemin. Ne serait-ce pas la dernière des lubies d’investisseurs en mal de nouveaux modèles pour renverser la table du contrôle de la valeur de l’Internet par les GAFAs.

Car s’il y a un seul indicateur qui à lui seul tendrait à prouver que le Web 3.0 va finir par décoller un jour, c’est bien le montant des investissements qu’il attire.

Selon les données de Pitchbook, ce serait mondialement 30 milliards de dollars en 2021 (+200%) avec des valorisations dans cryptos créant plus de 35 nouvelles licornes en 2021. Un DSI d’un grand groupe français me racontait récemment que sa Direction Générale voulait investir, à tout pris et rapidement, plusieurs millions dans le Web 3.0, et qu’il était bien en peine de trouver des projets qui lui semblaient viables.

Toutes ces licornes du Web 3.0 ne sont pas liées aux futurs univers virtuels.

Cependant, les deux se nourrissent l’un de l’autre, car le potentiel d’une crypto s’apprécie au travers de ses usages. Or, ces usages sont aujourd’hui « idéalisés », pour ne pas dire « fantasmés », dans ces futurs univers virtuels, même par des consultants très sérieux ayant pignon sur rue.

GreenSI conseille donc de ne jamais perdre de vue les usages, et leur temps de mise en place, quand on se laisse charmer par ces nouvelles technologies du Web 3.0. La blockchain en est un bon exemple. Imaginée en 2008 elle devait se généraliser dans les 10 ans comme architecture décentralisée, mais à part la niche de l’usage des cryptos, on en est encore loin… et pourtant les études de consultants regorgent d’usages dans toutes les industries !

Le premier de ces univers virtuels auquel on pense est bien sûr médiatiquement le Métavers. En effet, le Métavers « Horizon World« , est présent sous les projecteurs depuis que Facebook – devenu Méta – cherche à influencer la partie du Web 3.0 accessible depuis un casque de réalité augmentée (Quest).

D’autres univers comme Roblox sont aujourd’hui plus opérationnels et de nombreux autres scénarios que celui de Méta sont possibles.

En effet, le Web 3.0 est un CONCEPT, celui de l’évolution de l’Internet.

Il n’a pas de spécifications validées par un comité technique international, comme la 5G, qui permettraient ensuite son implémentation homogène et interopérable sur la planète. C’est donc une bataille d’influence qui a démarré pour imposer son concept. Méta, est le premier dans cette bataille, pour essayer de rebondir après les difficultés rencontrées par son modèle 2.0, et une action qui s’est dégonflée jusqu’au niveau qu’elle avait il y a 5 ans en arrière.

D’ailleurs 2022 est une année de grands changements qui commence pour Méta. Stagnation du nombre d’utilisateurs, profits en baisse, départ de Sheryl Sandberg, Directrice des opérations et bras droit de Mark Zuckerberg, qui a forgé l’entreprise, le Métavers est un pari qui ressemble à un grand quitte ou double. Pourtant, le plan de recrutement de 10.000 ingénieurs pour le construire est déjà revu à la baisse, 9 mois plus tard. Mais il est vrai que l’avance de Meta en matière de casque VR pour s’y connecter (Quest), après le rachat d’Oculus en 2014 (c’est long…), est indéniable. Cette avance a encore été confirmée ce mois-ci avec une étude comparative des offres sur le marché. 

Et il n’y a pas que chez Méta, que le Métavers patine.

Chez Niantic, célèbre pour son PokemonGo, on a procédé à une réduction des effectifs de 8% et stoppé quatre projets majeurs.

Côté spécifications techniques, des annonces comme celle de Méta, Microsoft et Nvidia, qui rejoignent le Métavers Standards Forum, vont dans le bon sens. Mais les relations tactiques et les rachats (pour priver les autres de certaines technologies) restent de mise. Ne soyons pas naïfs, c’est bien une bataille qui se joue, et beaucoup d’investissement cherchent à construire la même chose, au lieu de se coordonner pour se répartir les investissements.

La seule bonne nouvelle est, comme on le soulignait au début du billet, le niveau d’investissement qui est encore très élevé. Que ce soit celui des VCs, ou de sociétés qui ont une stratégie qui bénéficieraient d’un tel univers.

Les sociétés à garder sur le radar, car elles investissent encore massivement, sont bien sûr Meta, mais aussi Google, Microsoft, NVIDIA, Unity Software, ROBLOX, Tinder, Shopify, Epic Games et Nike.

Le dernier, Nike, se distingue des premiers parce qu’il ne pousse pas une plateforme, des équipements ou un futur univers, mais une marque et une expérience qui cherche à se déplacer dans ces univers, auprès de leurs premiers utilisateurs.

Si ces univers se développent, les marques des produits physiques, ont un enjeu à se placer et vendre leurs produits virtuels, rendus uniques par une application de la blockchain, les NFTs. Un NFT est un « jeton non fongible »(non fongible token) qui représente un objet, auquel est rattachée une identité numérique. Cette donnée est stockée et authentifiée grâce à une blockchain. En d’autre terme, il est possible d’avoir un objet virtuel à vous et de prouver au monde entier qu’il est à vous et de l’exhiber dans ces univers virtuels.

Mais si ces univers virtuels restent dans la sphère du jeu vidéo et ne croissent pas, beaucoup auront investi pour pas grand-chose. Car là encore, tout n’est pas à la fête.

Déjà, l’intérêt du public, qui seul pourra générer les usages, est en chute libre depuis le début de l’année. Donc sans surprise, les rares chiffres des places de marchés comme OpenSea sont en baisse, en nombre de visites et en transactions (on parle de -75%). Le NFT du premier tweet de l’histoire par Jack Dorsey, créateur de Twitter, vendu en mars 2021 pour la somme de 2,9 millions de dollars, ne vaut quasiment plus rien dans les cotations de juillet 2022. 

Le Web 3.0 semble encore être une bataille d’investisseurs, à observer prudemment.

Si vous ne jouez pas dans cette catégorie, comment vous y préparer ? On peut certainement se familiariser avec ses technologies fondatrices, et surtout suivre les volumes de développement des usages. Mais de là dire que tous les processus de l’entreprise sont impactés par le Métavers, il y a encore de l’eau qui coulera sous les ponts.

Et puis des voix se lèvent pour orienter le Web 3.0 différemment, les fondateurs de l’Internet, mais aussi des personnes influentes à la maison Blanche, l’affaire n’est donc pas pliée, mais ce sera pour le prochain billet.





Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.